Pierre Soulages (1919)

« Quand je dépose une tache de couleur sur une toile, je suis toujours curieux de ce qui se passe et vois souvent des choses que je n’avais jamais vues avant. Pourtant cent fois j’avais posé cette tache de couleur, sans m’apercevoir de tout ce que cela recélait de pouvoir, j’allais dire poétique, de pouvoir sur la sensibilité en tout cas ». Pierre Soulages, entretien avec Pierrette Bloch et David Quéré.

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Toute sa vie durant, Pierre Soulages cherche à exalter la sensibilité de la lumière à travers la couleur, en particulier celle qui semble en être le plus dépourvu, le noir. Son biographe et auteur du catalogue raisonné, Pierre Encrevé, raconte comment, enfant, l’artiste peignait « à l’encre noire au pinceau sur des feuilles blanches comme la neige ». Il y voit le « rapport originaire et définitif » de Pierre Soulages à la peinture.

Né à Rodez en 1919, le jeune Soulages est passionné par l’art roman et les vieilles pierres dès son enfance. En 1938, il rejoint Paris et entre à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, dans laquelle il refuse pourtant, déçu, d’y suivre des cours. Mobilisé pendant la guerre puis caché à Montpellier, il ne peut se consacrer entièrement à la peinture qu’en 1946, date à laquelle apparaissent ses premières toiles abstraites où prédomine le clair-obscur et la couleur noire (« à la fois couleur et non-couleur »), qui est pour l’artiste une source de lumières possibles. Deux ans plus tard, l’artiste expose à Paris et progressivement en Europe, notamment en Allemagne, puis à New York et Sao Paulo. Il fait partie du groupe des jeunes abstraits, avec Doméla, Herbi, et Kupka. Dès les années soixante, plusieurs rétrospectives lui sont consacrées, dans lesquelles il met en scène ses toiles, tendues sur des câbles. Refusant la conception classique de la peinture comme « fenêtre ouverte sur le monde », Soulages propose une peinture comme objet, mais un objet actif : le regardeur peut ainsi ressentir toutes les subtilités de la surface de la toile, et de la couleur, à travers les nuances de ce qu’il nommera plus tard « l’outrenoir ». À partir de 1979, l’artiste radicalise son travail et créé ses premières peintures monopigmentaires, qui seront présentées au Musée National d’Art Moderne – Centre Georges Pompidou. Parallèlement, il continue ses recherches sur la lumière et l’espace à travers d’autres médias, notamment avec les 104 vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conque (1987-1994). En 2014, le Musée Soulages à Rodez voit le jour grâce à deux exceptionnelles donations d’œuvres et d’archives de Pierre et Colette Soulages, et offre ainsi au public la possibilité de vivre l’expérience de l’outrenoir, comme l’explique l’artiste en 2007 : « Avec l’outrenoir, le regardeur est encore beaucoup plus impliqué, beaucoup plus seul. Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde – moi comme n’importe quel autre – puisse se trouver, face à elle, seul avec lui-même ».

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